Donald Trump a signé lundi un décret qui détricote encore un peu plus les mesures environnementales de son prédécesseur, Barack Obama. Face au changement de cap du pays, la résistance s’organise. Une coalition de 23 États fédéraux et de villes compte déposer un recours en justice et promet de ne pas appliquer la nouvelle mesure. Même ExxonMobil, le géant pétrolier, alerte la Maison Blanche de l’importance du respect de l’Accord de Paris.

Donald Trump a signé, le 28 mars, un texte sur « l’indépendance énergétique » des États-Unis. Son objectif : démanteler les mesures environnementales de l’ancien président Barack Obama.
Ron Sachs – Pool via CNP / DPA / AFP

Donald Trump a dégainé son arme favorite : le décret. Le président des États-Unis a signé, hier, un texte sur « l’indépendance énergétique » des États-Unis. Objectif : démanteler les mesures environnementales de l’ancien président Barack Obama.

C’est notamment le Clean Power Plan, qui devait imposer aux centrales thermiques une réduction des émissions de CO2 de 32% d’ici à 2030 par rapport à 2005, qui est visé. Il devra être réexaminé par l’EPA. L’Agence américaine de protection de l’environnement, dont les fonds ont été réduits de 31%, est actuellement dirigée par Scott Pruitt, qui a récemment nié l’impact du CO2 sur le réchauffement climatique.

Une demi-douzaine de décisions de Barack Obama sur le sujet sont ainsi supprimées. C’est le cas de l’interdiction de nouvelles exploitations de charbon sur des terres fédérales (voir notre analyse sur l’impact des décrets sur la relance du charbon) et des règles imposant une réduction des émissions de méthane par les producteurs d’hydrocarbures.

 

Coalition de 23 États fédéraux et villes

 

Face au changement de cap du deuxième pays le plus pollueur au monde, la résistance s’organise. Une coalition de 23 États fédéraux, villes et comtés s’opposent « fermement » à ce nouveau décret. La coalition composée notamment des procureurs généraux de New York, de Hawaï, du Connecticut ou encore de l’Illinois, compte s’appuyer sur la « loi de l’assainissement de l’air » pour déposer un recours en justice.

Plusieurs membres de la coalition se sont déjà engagés à s’émanciper des décisions « environnementales » de Donald Trump. « Nous ferons valoir notre propre leadership du 21ème siècle et tracerons un chemin différent, écrivent les gouverneurs de Washington, de l’Oregon et de Californie, et les maires de Seattle, Portland, San Francisco, Oakland et Los Angeles. Le changement climatique est l’une de nos plus grandes menaces, du fait des feux de forêt menaçant nos maisons et nos collectivités, de l’acidification des océans et de la sécheresse qui frappent nos agriculteurs. Trop de choses sont en jeu – de notre santé et sécurité à nos emplois et nos moyens de subsistance – pour que nous puissions faire marche arrière. »

 

ExxonMobil défend l’Accord de Paris

 

Dans leur sillage : les entreprises. La coalition We Mean Business, qui rassemble « 7 groupements d’entreprises progressistes » s’est elle aussi mobilisée contre le décret sur « l’indépendance énergétique » de Donald Trump. « Le décret présidentiel affaiblit la politique climatique des États-Unis et sape le soutien au développement des énergies propres, qui est pourtant favorable aux entreprises, à la croissance et à la création d’emplois. »

Même le géant pétrolier ExxonMobil – pourtant trainé devant la justice pour avoir dissimulé le risque climatique à ses actionnaires – a alerté la Maison Blanche de ses craintes, notamment parce qu’il estime que l’Accord de Paris constitue « un cadre efficace pour faire face au changement climatique ».

Donald Trump est resté muet, depuis son investiture, quant à l’accord conclu à l’issue de la COP2, mais il n’a jamais caché son hostilité. Le chef de l’EPA, Scott Pruitt, a ainsi estimé qu’il s’agissait d’un « mauvais accord », qui aurait dû « être géré comme un traité. Il aurait dû passer par une validation au Sénat ».

L’administration Trump a expliqué lundi que la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris était « en cours de discussion ». Virtuellement, elle semble déjà actée. Surtout, l’engagement américain en la matière est désormais vidé de tout contenu.

Face à ce détricotage en règle, la mobilisation enfle. À l’initiative de plusieurs ONG, dont 350.org, plus de 100 000 personnes sont attendues le 29 avril à Washington pour une « Marche du climat des peuples ». Le but : repousser le décret de Donald Trump et défendre le climat, l’emploi et la justice. « Nous mettrons la pression sur les législateurs, promet Mai Boeve, directeur de l’ONG. La meilleure façon de lutter contre les ordres de l’exécutif est de prendre la rue. »

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